Les banques vertes, des start-ups ambitieuses basées sur des valeurs et des process stricts – Nicolas Licari et Thomas Truffer

Banque durable, banque éthique, banque verte, ou encore éco-banque, le marché de la banque voit de nouveaux acteurs se positionner.

Qui sont ces disrupteurs de marché ? Quelles sont leurs propositions de valeur ajoutée ? Représentent-ils de nouveaux concurrents pour les banques traditionnelles ?

Hélios, Onlyone, GreenGot et bien d’autres, sont de nouvelles banques se démarquant par les valeurs et les principes qui ont motivé leur fondation. Elles sont nées avec la volonté de faire face aux enjeux sociétaux et environnementaux grandissants et pour répondre à la demande des millenials qui cherchent à mettre du sens dans leurs modes de consommation en devenant plus responsables. Aujourd’hui, l’activité de ces néo-banques se résume essentiellement à des activités de paiement. Certaines d’entre elles vont cependant proposer des solutions d’épargne dans les prochains mois (GreenGot en juin 2022). D’autres proposent un coach digital de consommation qui permet d’identifier la consommation carbone de l’ensemble des transactions effectuées. Ces nouveaux acteurs associent à chacun des services que les clients utilisent, une action écologique ou sociale comme la plantation d’arbre ou des donations.

Concrètement les néo-banques durables proposent de revoir le mode de consommation du service bancaire. Les financements des particuliers sont directement dirigés vers des entreprises ou des associations à forts enjeux environnementaux ou sociaux. Par exemple, Hélios reverse l’ensemble des cotisations des cartes de paiement à deux associations à but non lucratif. Pour Green Got, l’accent est plus mis sur la recherche de performance responsable. Et pour OnlyOne banque, la mise en place de cashback permettant de financer la plantation d’arbres, en reversant l’intégralité des prélèvements automatiques sur les transactions effectuées par les clients.

Un autre facteur différenciant des banques traditionnelles est la digitalisation et le développement de la présence réseau de manière optimale pour réduire au mieux la pollution numérique. Les applications développées permettent également d’ouvrir des comptes en un temps records (5 à 8 min). Elles proposent par ailleurs aux clients un calculateur de la production de CO2 sur l’ensemble des transactions effectuées, comparé à la fonte des glaces, la déforestation ou des voyages en avion.

Dans la continuité de leurs idées, ces banques proposent souvent des conseils financiers à leurs clients pour les orienter vers des investissements plus responsables, tout en refusant le dialogue avec des entités qui agiraient négativement sur l’environnement ou la société. Par exemple, la banque Hélios équipe ses clients de cartes bancaires en bois et s’engage à protéger 10m² de forêt chaque fois que vous dépensez 10 euros. En plus de réserver leurs financements aux projets verts et d’exclure les entreprises qu’elles jugent trop polluantes, la sélection de la cible de leur investissement est très exigeante et a pour but de dégager « le meilleur de la classe » pour le financer.

La valeur ajoutée annoncée en comparaison au système bancaire classique est la transparence totale promise par la banque envers ses clients. Chaque euro investi est « traçable », on comprend donc mieux pourquoi ces banques sont si sélectives dans leurs investissements. Helios, a par exemple déjà pu financer deux projets :

  • Le premier, la construction d’une centrale photovoltaïque en Nouvelle-Calédonie qui permettra à la région d’éviter de produire 3 200 tonnes de CO2 par an.
  • Leur deuxième financement a ciblé Hopium, une entreprise française qui a déposé un brevet concernant son prototype de véhicule alimenté 100% à l’hydrogène.

Cependant, malgré des levées de fonds avoisinant les 10 millions d’euros (9 Millions d’€ pour Hélios en 2022), les éco-banques sont des initiatives très jeunes qui comptent au maximum quelques dizaines de milliers de clients, elles se développent lentement et leurs actions sont limitées par leur taille.

En revanche, La NEF créée en 1988, première coopérative bancaire durable française, compte 70 000 clients pour 674M€ d’épargne et 407M€ d’encours crédit. Son but étant de se positionner contre le système bancaire classique, elle propose un éventail d’investissement fini et ne s’appuie peu voire pas du tout sur les marchés financiers. Elle ne propose donc pas d’autres produits que le prêt bancaire à destination des projets qu’elles sélectionnent. Pour une épargne verte et diversifiée il faudra donc se tourner vers des banques classiques proposant des green bonds ou les fonds d’investissement socialement responsables.

Chaque banque durable a donc sa propre ligne directrice mais toujours est-il que ce terme « banque durable » n’est qu’une appellation, aucune réglementation les concernant n’a encore vu le jour. Légalement, ces « banques » sont donc pour l’instant des établissements de paiement comme les autres. L’agrément « Etablissement de Crédit », délivrés par l’ACPR (Autorité de Controle Prudentiel et de Résolution) dont bénéficient les banques classiques est difficile à obtenir, c’est pourquoi les néo-banques sont obligées de passer par un prestataire (souvent une banque classique) qui permettra d’exercer le métier. Leurs comptes seront isolés mais la gestion des processus et des contrôles seront assurés par le prestataire agréé. Ce qui les différencie donc réellement, c’est leur manière d’exercer ce rôle de financement de l’économie.

Mais quand est-il des banques traditionnelles sur ce nouveau marché vert ?

Aujourd’hui les grands acteurs du système bancaire se diversifient et proposent de nouveaux produits à leurs clients. BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE et LBP comptent toutes des piliers environnementaux et sociaux dans leur plan de développement. Cependant, la réalité du marché et les investissements faits par ces géants ne sont pas autant engagés que ceux des néo-banques. Par exemple, malgré l’investissement massif dans les « Green Funds » qui permettent d’identifier les entreprises dites « vertes » ou en transition, nous sommes forcés de constater que nous y retrouvons les grands géants des énergies fossiles. Ces multinationales sont certes en transition, mais elles n’en demeurent pas moins les industriels polluants d’aujourd’hui.

De notre point de vue, les néo-banques vertes ont un impact limité sur la transition écologique et sur la protection de l’environnement mais elles ont au moins le mérite d’exister pour :

  • Permettre aux adeptes du risque d’allier conviction et performance ;
  • Faire prendre conscience aux banques historiques qu’il existe des alternatives à leurs pratiques actuelles du métier.

Nous conclurons en disant que ces fintechs, comme les néo-banques en ligne déjà nombreuses, doivent passer le cap de la rentabilité et proposer une offre plus attrayante pour les clients avant d’être considérées en tant que réelles menaces pour le marché traditionnel.