La qualité de la donnée : le nouveau défi stratégique et opérationnel de la direction financière dans le secteur bancaire
Dans le secteur bancaire, la direction financière est une fonction dont les exigences en matière de reportings s’accroissent et dont la fiabilité est d’autant plus surveillée. Dans ce contexte, les fonctions Finance et Risques doivent être en mesure de produire les reportings les plus précis et fiables possibles. Pour ce faire, il devient nécessaire de récupérer le contrôle de la qualité des données traitées. Celle-ci s’impose comme le nouveau défi de la direction financière d’autant plus que les attentes des régulateurs se renforcent continuellement. Répondre à ces enjeux nécessite une profonde évolution organisationnelle et un engagement généralisé des équipes de la direction financière, mais pas seulement.
Le durcissement réglementaire comme catalyseur de la transformation
La crise financière de 2008 avait mis en évidence les lacunes structurelles des banques à agréger rapidement leurs données d’exposition aux risques en période de stress, incitant le Comité de Bâle à publier la norme BCBS 239. Bien que cette norme pose les principes directeurs d’une saine gestion des données de risques, les régulateurs ont longtemps fait preuve de tolérance quant à la mise en œuvre de cette réforme par les banques. Cette époque de bienveillance est désormais révolue.
Afin de clarifier et de durcir ses attentes de supervision, la BCE a publié en mai 2024 son guide Risk Data Aggregation and Risk Reporting (RDARR). Désormais intégré au processus d’évaluation prudentielle, ce guide se traduit par des revues régulières, des contrôles sur site rigoureux et des exigences explicites d’implication managériale. Les autorités de contrôle, telles que l’ACPR en France, n’hésitent plus à brandir la menace de sanctions financières et de dégradations de notes prudentielles en cas de non-conformité constatée.
Le non-respect des principes de BCBS239 entraine, certes, des sanctions financières, mais cela nuit aussi à la réactivité de l’établissement lors de la prise de décisions stratégiques en période de volatilité des marchés.
L’alliance stratégique du CFO et du CDO : gouvernance, architecture et valorisation
Face à ces enjeux, le positionnement du Chief Data Officer comme simple support rattaché aux autres directions ne suffit plus. Pour garantir la fiabilité des informations tout en optimisant la structure de coûts de l’établissement, une alliance étroite entre la direction financière et les équipes data est requise.
Ces dernières vont jouer un rôle de moteur dans les différentes démarches de data quality de la direction financière. Leur contribution s’articule autour de quatre dimensions essentielles :
- Le cadrage méthodologique et pragmatique : Définir des standards de qualité (dictionnaire de données, règles d’exhaustivité et de cohérence) adaptés aux contraintes métiers et réglementaires ;
- La gestion de la complexité : Harmoniser et consolider les exigences de données des différents départements au sein d’une feuille de route globale, évitant ainsi la création de silos sectoriels ou technologiques ;
- La traçabilité et le lignage : Cartographier les transformations subies par chaque donnée élémentaire depuis son point de collecte jusqu’à sa publication, garantissant ainsi les exigences réglementaires en matière d’auditabilité ;
- La culture de la donnée (Data Literacy) : Développer des compétences d’analyse de données au sein des équipes comptables et opérationnelles pour qu’elles s’approprient les outils d’aide à la décision.
De son côté, la direction financière apporte sa rigueur en matière de contrôle interne et sa capacité à lier les investissements technologiques à des gains d’efficacité opérationnelle tangibles. En étroite collaboration, les équipes data et finance définissent des golden sources à maintenir dans le temps et construisent des démarches de data quality éprouvées afin de conserver des stocks et des flux sains.
La mise en conformité réglementaire et l’adaptation aux exigences du marché de la donnée entraînent souvent des plans de transformation lourds et coûteux. Ces transformations nécessitent une organisation en amont et la prise en compte de différents facteurs essentiels à leur réussite (cf. Conduite du changement en Finance : le facteur clé du succès souvent oublié – Hector Advisory).
La data quality, un investissement sur le long terme pour efficacité opérationnelle pérenne
La maîtrise de la qualité de la donnée est devenue le nouveau défi majeur de la direction financière au sein des institutions bancaires. Si la pression des autorités de contrôle européennes impose une mise aux normes rapide et exhaustive, appréhender ce sujet sous le seul angle de la contrainte réglementaire serait une erreur de jugement stratégique.
Une direction financière disposant d’une donnée fiable, traçable et partagée en temps réel se dote d’un avantage concurrentiel décisif. En libérant ses analystes des tâches fastidieuses de réconciliation et de correction manuelle d’anomalies, elle repositionne la fonction finance au cœur de la création de valeur et du pilotage stratégique de l’établissement.
Pour transformer cette ambition en réalité, la réussite ne dépendra pas seulement du choix des technologies ou de la puissance des algorithmes déployés, mais de la capacité de l’institution à transformer en profondeur sa culture interne et à engager l’ensemble de ses collaborateurs dans cette démarche collective de valorisation de son capital informationnel.
Par Thomas Truffer
