Les banques se mobilisent pour l’environnement – Mathilde Gagneur

A l’heure où les préoccupations sociales et environnementales représentent un enjeu de grande ampleur, les démarches RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) se font une place de choix dans le secteur bancaire. Alors qu’elles ne représentaient auparavant qu’une notion éthique, il est maintenant clair qu’un bon exercice de RSE participe fortement au fondement des relations clients et fournisseurs, de la réputation, et à plus grande échelle, de la société. La norme ISO 26000 regroupe un ensemble de bonnes pratiques permettant aux organisations de tous types et de toutes tailles d’adopter une stratégie RSE pertinente, généralement définie autour des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et Gouvernance).

Les banques ont tardé à s’emparer de la problématique du développement responsable. D’abord, parce qu’en tant qu’industrie de services très peu consommatrice de ressources naturelles, elles n’ont pas été les premières ciblées par la société civile. D’autre part, du fait de l’importance de la régulation du secteur : les barrières à l’entrée sont importantes ce qui les a protégé de la concurrence et les a éloigné des questions de RSE, tout du moins, au départ.

La crise financière de 2008 a eu un rôle d’accélérateur en révélant au secteur l’importance de la responsabilité éthique des banques, que ce soit dans leur choix d’investissement, de financement ou de management. La défense de leur image et de leur réputation devient un enjeu primordial. On voit alors fleurir, en interne, des codes de conduite et autres codes éthiques, tandis que vis-à-vis de leur environnement extérieur, les banques doivent se montrer irréprochables que ce soit en matière déontologique ou environnementale. La RSE se révèle un moyen efficace pour elles, afin d’améliorer leur réputation. Un autre enjeu, tout aussi structurant pour les banques traditionnelles, est leur besoin de développer leur parc de clients. Les établissements bancaires connaissent en effet de fortes tensions sur leurs revenus, liées notamment au contexte de taux bas dans lequel elles se trouvent depuis maintenant plusieurs années (malgré les perspectives haussières récentes). Face à cet impact de l’effet prix sur leur produit net bancaire, ils cherchent, d’une part, à développer leur volume d’affaires avec leurs clients acquis et, d’autre part, à conquérir de nouvelles relations. Dans cette quête, les banques se heurtent à une concurrence exacerbée par l’arrivée des néo-banques et autres FinTechs, acteurs plus soucieux des problématiques RSE, ce qui accroît leur besoin de se mettre à niveau.

Par ailleurs, la gestion des enjeux RSE par les instituts bancaires se doit d’être menée conjointement avec l’impact décelé sur les parties prenantes.

De quelles manières les banques parviennent-elles à intégrer ces préoccupations à leurs stratégies ?

Au regard des engagements pris à la suite de l’Accord de Paris sur le climat, nous pouvons noter l’importance d’une transition vers une économie « bas carbone » sur les activités bancaires. Le Groupe Crédit Agricole, le Groupe BPCE, BNP Paribas et la Société Générale visent la neutralité carbone d’ici 2050

Le climat est au cœur des stratégies RSE et les champs d’action sont multiples :

  • Le groupe Crédit Agricole a décidé de stopper tout financement de projet directement lié à l’extraction d’hydrocarbures non-conventionnel et de baisser son exposition à l’extraction de pétrole de 20 % d’ici 2025, notamment par le biais de l’arrêt de financement direct de projets pétroliers et gaziers dans la zone arctique. Outre l’arrêt de financement, Amundi opte pour l’investissement dans des entreprises actrices de la performance environnementale ou sociétale, tandis qu’Unifergie se consacrera à une augmentation de 50 % en matière de financement de projets d’énergies renouvelables en France d’ici 2025. La transition énergétique étant une affaire de tous, le Groupe ouvre les possibilités pour ses clients de devenir acteur de ce changement notamment par le biais de livrets d’épargne « vert », l’ouverture d’un plan d’épargne verte permettant de préparer le financement de futurs projets de transition ainsi qu’un pôle de conseil spécialisé dans cette voie.
  • Le Groupe Société Générale, membre fondateur de la Net-Zéro Banking Alliance lancé en 2021 et rassemblant 43 banques pour un total d’actifs représentés de 28,5 trillons de dollars vise en effet la neutralité carbone d’ici 2050, mais compte bien réduire de 50 % d’ici 2030 ses émissions de carbone pour compte propre. Les actions prises en termes d’exposition au pétrole et gaz visent une réduction de 10 % d’ici 2025. Dès 2030, le Groupe s’engage à stopper son exposition au charbon pour les pays de l’OCDE, contre 2040 pour le reste du monde. La responsabilisation de tous est également un enjeu de la stratégie du Groupe, avec la mise en place d’un véritable accompagnement de sa clientèle par le biais de solutions de conseil et de financements pour le développement de modèles plus durables.
  • Le Groupe BPCE, utilisant la transition environnementale comme un moteur de croissance et membre de la Net Zero Banking Alliance, vise une diminution de 15 % de son propre bilan carbone d’ici 2024. L’exposition au charbon a pour objectif d’être nulle à horizon 2030 pour ses activités dans l’UE et l’OCDE, contre 2040 pour le reste du monde. D’ici 2024, la Banque Populaire se donne un objectif de production de 1 milliard d’euros de crédits « green », soit 20 % de la production totale des crédits agricoles professionnels qu’elle réalise sur la période. Le Groupe s’engage également à apporter à ses clients une expertise, des solutions et une vision long terme par le biais de conseil, épargne ou assurance afin d’aider à la transition énergétique de ceux-ci.
  • Le Groupe BNP Paribas s’engage au travers des activités de crédits et d’émissions obligataires durables où ils visent la mobilisation de 350 milliards d’euros d’ici 2025, alors que les investissements responsables et durables devraient atteindre 300 milliards d’euros. Dans la dynamique d’une transition qu’ils qualifient de « juste », les financements alloués aux activités bénéfiques pour la société sont au cœur des activités environnementales. Le passage vers une économie plus durable de leurs clients est également un objectif clé de la stratégie du Groupe, notamment par le biais d’une mobilisation des métiers et du modèle intégré ainsi que la promotion de l’expertise technique.

Les différents Groupes bancaires mettent le climat en priorité d’action et s’engagent sur des gestions de financements et d’investissements plus durables. En tant que groupes financiers, il est notable qu’ils sont au cœur de la transformation énergétique de leurs clients et donc de l’éveil de la responsabilité de chacun.

Si l’environnement prend une place de choix dans les stratégies des grands groupes financiers, la contribution au développement local, la protection des consommateurs, les droits de l’Homme et bien d’autres principes relevant de la RSE ne sont pas en reste :

  • Le Groupe Crédit Agricole s’oriente sur une redynamisation des territoires les plus fragilisés et une réduction des inégalités sociales, notamment par l’insertion des jeunes via l’emploi et la formation. L’inclusion sociale et numérique, enjeux des évolutions de la société, sont favorisés par une gamme d’offres adaptées à tous et s’adaptent aux évolutions économiques et sociétales.
  • Le Groupe Société Générale se mobilise pour les entreprises et l’entrepreneuriat, tout en responsabilisant sur les enjeux sociaux et environnementaux, notamment par le biais du lancement du PES (Prêt Environnemental et Social) en faveur du développement durable et du rôle social des entreprises. La question du « durable » n’est pas en reste pour les actions relatives aux villes et infrastructures, ainsi que sur la mobilité, avec par exemple la mise en place d’une formation dédiée au secteur de l’immobilier pour décrypter les grands enjeux E&S.
  • Le Groupe BPCE se mobilise pour la dynamique des territoires grâce au financement de projets locaux, réalisés grâce à l’épargne collectée sur les territoires. L’épargne placée par les clients sur les livrets et dépôts bancaires sert ainsi au développement régional. L’accès à la santé sur les territoires est un axe du plan stratégique 2021-2024, notamment par des accompagnements des professionnels et étudiants en santé, la transformation des infrastructures et en soutenant le développement de l’e-santé.
  • Le Groupe BNP Paribas intègre les questions de la biodiversité par le biais du secteur immobilier en participant au phénomène de résilience urbaine. Afin de renforcer la place de la Femme dans l’entrepreneuriat, des programmes tels que « ConnectHer » permettant aux entrepreneures françaises d’accéder à un réseau de référents spécialisés et à un volet de financement. Le Groupe agit également en tant que soutien aux associations et entreprises de l’économie sociale et solidaire.

Les actions relatives à la Responsabilité Sociétale des Entreprise sont nombreuses au sein des grands Groupes bancaires français et, vous vous en doutez, ne peuvent être résumés en un seul article ! Nous vous invitons grandement à découvrir sur les sites des divers Groupes bancaires les engagements pris par ces derniers.

La place de la RSE grandit chaque année, couvrant de plus en plus d’aspects et se précisant dans ses actions. La protection environnementale est aujourd’hui prépondérante, par quels nouveaux biais pensez-vous que les banques pourront participer à ce défi sociétal dans les années à venir ?