L’Odyssée de Jana – Prologue et 1ère écluse : fixer le cap

S’il en avait eu la faculté, le faucon qui survole l’île de Jana aurait loué la beauté des paysages de ce royaume.

S’il en avait eu la faculté, le faucon qui survole l’île de Jana aurait loué la beauté des paysages de ce royaume.

Jana rassemble tout ce que la nature fait de mieux. L’île est bordée de côtes aux reliefs variés : falaises escarpées, longues plages. Des montagnes ponctuées de lacs nourrissent de leurs eaux pures des plaines fertiles drainées de ruisseaux et rivières qui se jettent dans l’Invadiare. Ce fleuve traverse l’île dans toute son étendue et, en son embouchure, alimente Jana, la capitale, avant de se jeter dans la mer.

Jana, petit royaume perdu au milieu du monde moderne, sanctuaire du monde antique, est dépositaire d’une sagesse immuable.

Distribution des rôles & lexique
Les trois héros :

Mucius : Pseudonyme – Déification d’un héros légendaire, symbole du courage

Promitor : Pseudonyme – Dieu de la distribution du grain

Fontus : Pseudonyme – Dieu des puits et des sources

Jana : Royaume pluriséculaire fondé en l’honneur de la déesse Jana, protectrice des portes et des gonds. Île isolée du monde moderne. Nom de la capitale de l’île

Les Janiens Ou Indigetes : Peuple de Jana

« di indigetes » : Catégorie de dieux de la Rome antique. Dieux d’origine de la religion et de la mythologie romaine primitive. Ils personnifient les activités quotidiennes et les valeurs romaines originelles. Plus largement, avec Sol, ceux qui montrent la voie.

Invadiare : Etymologie latine du verbe engager. Fleuve qui prend sa source dans les Montagnes de Jana, traverse ses plaines, alimente en son embouchure la capitale, pour se jeter dans la mer

Sol : Dieu solaire primitif chez les Romains

Conseil des Sols : Assemblée des prêtres et prêtresses de Jana dont cinq sont chargés d’initier les postulants à la citoyenneté janienne.

Quirinus : Prêtre. Siège parmi les Sols, représentant le Dieu protecteur de l’Etat

Vervactor : Prêtre. Siège parmi les Sols. Représentant le Dieu du premier défrichement et des jachères

Fama : Prêtresse. Siège parmi les Sols.Représentant la Déesse de la réputation et de la rumeur

Honos : Prêtre, siège parmi les Sols.Représentant le Dieu des honneurs et des charges militaires

Terminus : Prêtre, siège parmi les Sols.Représentant le Dieu des frontières

Vica Pota : Prêtresse. Siège parmi les Sols.Représentant la Déesse de la Victoire

Navis : Navire typique de l’époque romaine – avec avirons aussi bien qu’avec voiles – qu’on employait dans une flotte pour tout ce qui devait être fait promptement : pour croiser, pour exécuter une reconnaissance, pour porter un message…

Phalère : Petite parure métallique remise aux légionnaires romains pour leurs actes de bravoure

Flamen Cerialis :Fêtes célébrées en l’honneur de la déesse Cérès, de l’agriculture, des moissons

Prologue

S’il en avait eu la faculté, le faucon qui survole l’île de Jana aurait loué la beauté des paysages de ce royaume.

Jana rassemble tout ce que la nature fait de mieux. L’île est bordée de côtes aux reliefs variés : falaises escarpées, longues plages. Des montagnes ponctuées de lacs nourrissent de leurs eaux pures des plaines fertiles drainées de ruisseaux et rivières qui se jettent dans l’Invadiare. Ce fleuve traverse l’île dans toute son étendue et, en son embouchure, alimente Jana, la capitale, avant de se jeter dans la mer.

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Jana, petit royaume perdu au milieu du monde moderne, sanctuaire du monde antique, est dépositaire d’une sagesse immuable.

Jana la déesse et Jana le royaume ne font qu’un. Parmi les « Indigetes », dieux de la mythologie romaine primitive, Jana est la déesse des portes et des gonds, des clés à trouver, des étapes à franchir, des passages obligés. Elle montre la voie

Jana est gouverné par le Conseils des Sols, des Prêtres et des Prêtresses qui doivent leurs noms à la mémoire de ces dieux primitifs qui personnifient les activités quotidiennes et les valeurs romaines originelles. Les Sols perpétuent la sagesse janienne.

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Jana est le royaume de la réussite

Les candidats à la citoyenneté janienne doivent se présenter devant le Conseil des Sols.

Les Janiens, aussi appelés « Indigetes », n’admettent chaque année qu’une poignée de volontaires, qui comme Mucius, Promitor et Fontus, sont sélectionnés en amont avec soin.

Si le monde moderne ignore le détail des us et coutumes de Jana, le Conseil des Sols, en revanche, sait tout du monde moderne et de ses aléas.

Mucius, Promitor et Fontus allaient devoir, comme tant d’autres, montrer qu’ils avaient mené des actions dignes de Jana, et que leur état d’esprit illustrait la puissante faculté à penser différemment, en rupture, qui caractérise les Janiens.

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Mucius, Promitor, Fontus : trois noms de la légende romaine choisis avec soin par nos protagonistes pour vivre cette aventure.

Mucius a voulu le nom d’un héros légendaire déifié, symbole du courage. Dans le monde moderne, il est Directeur de la Franchise et des nouveaux formats d’un grand groupe de distribution : Libretis.

Promitor s’est donné le nom du dieu de la distribution des grains. Dans la vie, il est Directeur de la Transformation et du Pilotage stratégique de l’Union Postale de son pays.

Fontus a pris le nom du dieu des puits et des sources. Dans son pays, il est le Directeur du département Supports et projets de la Direction des Risques d’une célèbre banque : Tresoria.

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Tout commence à la source de l’Invadiare, le Temple où siègent les Sols.

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Dans la salle du Conseil, Mucius, Promitor et Fontus, fraîchement arrivés, se tiennent debout devant les Prêtres et Prêtresses rassemblés pour faire leur connaissance et juger de leur droit à subir l’Initiation.

Cette présentation consiste d’abord à rendre compte des changements survenus dans le monde moderne.

Bien qu’ils n’ignorent rien de ce qui y a cours, les Sols enrichissent leurs connaissances de chaque nouveau témoignage. Cela leur permet d’enrichir leur philosophie, d’améliorer leurs méthodes et d’ajuster leurs stratégies pour, par la suite, répandre la philosophie janienne au plus près des besoins réels.

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Tour à tour, Mucius, Promitor et Fontus expliquent qu’aujourd’hui tout ce à quoi les hommes avaient toujours été habitués dans leurs modes de fonctionnement dans le travail s’est rapidement et profondément transformé.

Certains, comme un grand sage moderne : Michel Serres, nomment cela la 3ème révolution anthropologique qui permet à une nouvelle culture de prospérer ; celle de la transformation permanente. Les êtres humains sont touchés dans leur identité, leur mode de raisonnement, leur comportement et dans leur relation au travail.

Ces changements portent les noms de globalisation, digitalisation, cloud computing, impression 3D, objets connectés, réseaux sociaux

Si pour les entreprises, comme pour Mucius, Promitor et Fontus en tant que dirigeants, le besoin d’adaptation est vital, l’adaptation des hommes se fait lentement et souvent, échoue.

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Chez Libretis, Mucius est à la tête d’une équipe performante. Et, après des années de réformes incessantes, dont deux années de mise en place d’un plan stratégique pour changer de mode de distribution, il a du lui faire franchir un nouveau palier. L’équipe devait quitter le mode « start-up » pour le mode industrialisation sans toutefois se départir de ses qualités de réactivité et de créativité.

A l’Union Postale, Promitor a contribué à un immense chantier de transformation. Chantier articulé autour de quatre axes : devenir un réseau multi-activités à priorité bancaire ; réinventer l’attractivité des bureaux de l’Union Postale ; rendre les fonctions supports plus efficientes et davantage tournées vers le client ; développer de nouvelles offres commerciales.

Pour Tresoria, Fontus a œuvré à la création d’une équipe de maîtrise d’ouvrage transverse. L’objectif était de passer le « mur réglementaire » en adaptant le système d’information de la banque aux multiples réglementations nouvelles. Et ce, dans un délai contraint.

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Mucius, Promitor et Fontus déclarèrent avoir réussi à mener à bien leurs projets respectifs contrairement à la moyenne habituelle dans le monde moderne où sept projets de transformation sur dix n’atteignent pas leurs objectifs ou échouent.

Pour réussir, ils ont dû faire évoluer leurs compétences de manager. Ils ont ainsi appris à mobiliser et à maximiser les énergies dans leurs équipes. Et pour cela, ils se sont préoccupés de l’Humain, se sont connectés à leurs équipe.

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Les Prêtres et prêtresses se concertèrent. Ils perçurent chez Mucius, Promitor et Fontus les fondements de la philosophie de Jana. Leurs récits préliminaires augurèrent de leur aptitude à devenir des Indigetes, des Janiens éclairés.

Mucius, Promitor et Fontus furent autorisés à participer aux épreuves.

Parmi les Sols, cinq prêtres et prêtresses furent désignés pour les y soumettre.

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Mucius, Promitor et Fontus furent conduits à l’embarcadère devant le Temple. Ils montèrent à bord d’une navis pour entamer la remontée du fleuve Invadiare.

Le fleuve est barré de cinq écluses, chacune correspond à une épreuve, une question. Chaque prêtre ou prêtresse doit évaluer la correspondance de la réponse avec la sagesse janienne.

Seul un avis favorable pourrait permettre aux voyageurs de poursuivre, écluse par écluse, leur conquête de la citoyenneté janienne.

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L’Odyssée pouvait commencer…

Quirinus – Première écluse : fixer le cap

Le Conseil des Sols avait permis à Mucius, Promitor et Fontus de prendre place à bord d’une navis pour descendre le fleuve Invadiare. En latin, Invadiare signifie s’engager.

Le fleuve prend sa source au creux d’une montagne, d’un charmant vallon. Là, se dresse le temple des Sols ; un temple millénaire aux lignes simples, épurées.

C’est là, que nos trois récipiendaires initièrent leurs épreuves.

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Mucius, Promitor et Fontus devisaient calmement, se présentant mutuellement car ils ne se connaissaient que depuis leur arrivée à Jana. L’envie de devenir citoyen de ce royaume avait sous-tendu leurs efforts dans leur carrière respective.

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Mucius résuma au pas de charge, une carrière composée de mille vies, mais toujours au sein de la Grande Distribution.

Ascension au contrôle de gestion. Remise en cause complète par une incursion dans l’opérationnel avec la gestion en direct de magasins qui débouche sur la responsabilité de développer une enseigne en Espagne, alors même que le monde moderne traversait une de ses plus grandes crises financières. Succès au rendez-vous avec l’ouverture d’une quarantaine de magasins en dix-huit mois.

Toujours pour la même enseigne, inclusion de franchisés dans un nouveau concept de magasins de centre villes ; soixante-dix magasins rejoignent cette nouvelle chaîne.

Enfin, jamais rassasié de nouveaux défis, entrée à la Direction de la Franchise et des nouveaux formats d’un grand groupe de distribution de produits culturels : Libretis ; pour développer l’enseigne dans toute la France et le Monde.

Promitor, habitué des projets de grande ampleur dans de grandes organisations, détailla de même son parcours :

Mise en place de systèmes d’Information chez Air Hexagone et Rail de France. Mise en œuvre des normes Bâles II à la Banque Générale avant de rejoindre l’Union Postale.

Là, mission de transformation de la fonction finance de la branche réseau, afin d’assurer l’interface entre la DSI et la Direction d’ouvrage stratégique pour aligner l’ensemble des projets à composante SI avec la stratégie de la branche.

Fontus, spécialiste des projets transverses dans des environnements complexes conclut les présentations :

Dix ans dans un établissement bancaire en Allemagne, à apprendre « la culture de la confrontation constructive ».

Passage ensuite au Groupe Ecureuil, à l’Inspection générale avant de monter la Direction des Risques pour sa branche Île-de-France. Grâce à cette expérience de la banque de détail, familiarisation avec la particularité de ces grandes organisations que caractérise une certaine inertie qui, une fois surmontée, libère une force de frappe.

Toujours au Groupe Ecureuil, direction du programme Bâle II qui, au-delà d’une simple mise en conformité, irrigue tous les processus et le fonctionnement bancaires.

Aujourd’hui, mission au sein de Tresoria, un des premiers groupes bancaires français couvrant l’ensemble des activités financières qui regroupe Ecureuil et de nombreux autres établissements auparavant indépendants. L’objet de la mission est de créer une équipe de maîtrise d’ouvrage transverse avec pour objectif de passer le « mur réglementaire ». Il s’agit d’adapter le système d’information des banques aux multiples réglementations nouvelles, dans un délai contraint.

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Sans qu’ils s’en soient rendus compte, la navis atteignit la première écluse où un personnage extrêmement solennel les attendait : Quirinus.

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A Jana, la sagesse se fonde sur une conscience constante et renouvelée de l’objectif. C’est ainsi que les Grands Prêtres insufflent chaque année, aux flamen cerialis, un nouvel élan aux Janiens.

Quirinus savait comment avait évolué le monde du travail dans le monde moderne et que la notion de changement, de transformation n’avait plus rien à voir avec une simple planification.

Dans les entreprises, il importe désormais d’être conscient qu’une transformation est un changement radical et profond dès lors qu’il touche à l’organisation, aux processus, aux systèmes et à la culture.

La réussite d’un projet, d’une transformation, nécessite d’engager les parties prenantes. Quirinus, comme tous les Janiens, savait que la planification et les beaux emballages n’embarquent personne. Il est indispensable d’exprimer une vision, « FIXER UN CAP » : dire pourquoi, dire, j’ai un rêve plutôt que j’ai un plan.

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La mission de Quirinus, le premier des cinq prêtres, était de vérifier que les trois postulants avaient comme qualité la vision, sans quoi le reste du voyage serait rendu inutile.

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Le regard de Quirinus se porta en premier vers Fontus qui prit aisément la parole :

« Dans la banque, nous sommes des cérébraux, mais je sais bien qu’exprimer un concept ne suffit pas à emporter l’adhésion et à convaincre. Rien de sexy dans mon dernier projet BCBS 239 : production d’états de suivi précis, exacts, fiables, traçables et auditables, avec une piste d’audit ascendante et descendante pour toutes les données utilisées. Tout le monde comprend l’importance de ce projet, mais il ne remporte pas l’adhésion et ne fait pas rêver.

J’ai choisi de simplifier le message et de le rendre compréhensible en utilisant l’image du poste de pilotage dans l’avion : il ne suffit pas d’un altimètre qui mesure l’altitude. Il faut aussi savoir quel est son degré de fiabilité. S’il est exact à cent mètres près, mieux vaut ne pas voler à moins de cent mètres du sol.

Ce genre d’image frappe les esprits et permet d’alimenter le moteur de l’adhésion.

Au même moment, lors d’un séminaire qui avait pour objectif de permettre à chacun d’exprimer ses ambitions et de trouver son positionnement au sein de la nouvelle équipe de maîtrise d’ouvrage, j’ai été frappé de constater à quel point l’engagement spontané était fort lorsqu’on le laisse s’exprimer. Saisissant ce constat, je leur ai fait savoir à quel point j’étais touché par cet engagement et fier de les diriger et d’être leur responsable. Ces quelques mots ont permis d’ouvrir certaines barrières et de permettre à mes équipes de s’exprimer quant à la façon de gérer le changement, de s’impliquer davantage et d’adhérer pleinement au projet de transformation ».

Toujours en silence, Quirinus se tourna vers Promitor :

« L’Union Postale a choisi quant à elle d’associer les Collaborateurs à la définition du cap. Nous avons eu à identifier nous-mêmes nos atouts, à commencer par un maillage territorial exceptionnel.»

« La « lettre » n’est plus ce qu’elle était, le volume du courrier baisse sensiblement chaque année. »

« Les Collaborateurs ont ainsi compris qu’il fallait transformer les agences postales en agences bancaires. Alors que nous interrogions notre capacité à opérer ce changement, le plan stratégique était présenté aux Managers jusqu’au plus profond du territoire.

C’est grâce à eux que nous avons ouvert trois axes majeurs : devenir un réseau multi-activités avec une priorité bancaire, rendre le réseau plus attractif et réorganiser les fonctions supports au bénéfice de la satisfaction du client. »

« Ce que nous avons compris de cette démarche est qu’être très intelligent au siège ne suffit pas : il faut rendre les choses intelligibles pour que les collaborateurs puissent s’engager. »

Mucius parla à son tour d’une voix ferme.

« Au moment de penser transformation, notre environnement cumulait les handicaps : Libretis était déficitaire, sa direction venait de changer, l’actionnaire principal souhaitait se défaire de cette entreprise, les plans sociaux se cumulaient, les concurrents disparaissaient eux-mêmes les uns après les autres. A contre-pied du contexte de dématérialisation et d’obsolescence produit, nous nous sommes recentrés sur le client et l’ouverture des magasins. »

« Le seul cap que j’avais fixé à mes équipes était de devenir « référents », c’est à dire de devenir le « premier magasin » de France par le développement de la franchise pour limiter le besoin en capitaux.

Pour une équipe marquée par la culture intégrée, devenir un « corps étranger » était perçu comme dangereux. Il a fallu à cette équipe réfléchir, comme dans une start-up, à de nouveaux types de magasins pour occuper la place dans des endroits où nous n’avions jamais été présents.

Pour battre en brèche l’obsession « budgétaire » de ces nouveaux entrants d’une culture dépassée, j’ai indiqué que je ne communiquerai pas de budget au cours des trois années de développement, pour les libérer de ce carcan. Avec, in fine pour eux, la garantie d’être récompensés de l’atteinte des objectifs : faire des franchisés le premier magasin physique de France et devenir une référence en terme de satisfaction client. »

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Quirinus était resté impassible pendant toute la durée des récits, mais, en son for intérieur, il jubilait. Fontus, Promitor et Mucius étaient parvenu avec ingéniosité à faire comprendre à leurs équipes la vision qui allait permettre de prendre au quotidien, les décisions nécessaires à la réussite du projet.

Quirinus remit à chacun en récompense une petite phalère en argent, comme à l’apogée de Rome, comme tant de brillants stratèges en avaient arboré sur leur cuirasse.

L’Odyssée, le voyage, pouvait continuer.

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La première écluse s’ouvrit…

2018-06-24T18:52:28+00:00